Depuis 4 ans, nous vivons en Beauce dans un bungalow construit il y a 35 ans sur une ancienne érablière. Chaque printemps, nous nous sentons à la fois coupables et émerveillés de voir que tous nos voisins, sans exception, entaillent leurs érables au printemps. Tous, sauf nous. Nous avons l’excuse de n’y rien connaitre et de n’avoir pas le temps, mais quand même, on rêve chaque fois qu’un jour, peut-être, on fera comme eux.
Tout ça, c’était avant ce printemps. Avant que monsieur L., notre troisième voisin, vienne nous demander s’il pouvait entailler nos érables.
Depuis ce jour, nous avons réalisé que cette saison aura désormais une saveur sucrée! Tout d’abord, en mars, monsieur L. et son fils viennent entailler la vingtaine d’érables qui se trouvent sur notre terrain. On a le bonheur, chaque matin, de voir les petites chaudières d’une époque révolue accrochées à nos arbres. C’est vraiment charmant ! Puis, lorsque le temps s’adoucit, on voit le père et le fils faire la tournée en raquettes, collectant à la main l’eau d’érable du jour. Il faut dire que le fils a la belle trentaine, célibataire, le genre Ovila des temps modernes ! (On a beau se marier, quand on aime les hommes…) L’après-midi, mon bel homme à moi part à grandes enjambées dans la neige nous chercher juste assez d’eau d’érable pour faire deux tasses de thé.
Les beaux soirs de fin de semaine, on est invités à la cabane. On s’entasse dans la pièce exigüe, à côté des cuves à sirop, avec quelques autres voisins. On jase de tout et de rien avec un p’tit verre de gin à l’eau d’érable chaude. On s’y sent bien, malgré que nous soyons toujours pour eux les nouveaux voisins, on pourrait même dire « des étrangers », vu qui mon chum vient effectivement du bout du monde. On apprécie seulement d’être au chaud, dans la vapeur d’érable qui embaume l’air, en compagnie des gens qui composent l’entourage où mes filles vont grandir. Certains ont de jeunes enfants qui vont bientôt devenir les amis d’enfance de nos filles. C’est rassurant de se savoir là. Quand les petites sont trop fatiguées, on part à regret en emportant un petit verre de sirop pour boire à la maison…
Comble de bonheur, j’ai finalement réalisé que c’est monsieur L. qui entaille tous les arbres du voisinage. Exit la culpabilité. Quand on est une mère qui travaille, c’est le genre de sentiment qui fait du bien!
Et vive le temps des sucres!
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