samedi 2 juillet 2011

Jour 7: Un chapelet sur ma corde à linge

J’y pensais depuis longtemps. La seule chose dont je n’étais pas certaine, c’était quand mettre mon chapelet sur la corde à linge. C’était clair depuis le début que la température du jour de mes noces n’allait pas être la seule prière faite lors de l’accrochage.
Clair qu’il y aurait aussi « Mon Dieu, faites que les cultivateurs autour de l’auberge n’épandent pas leur purin ce matin-là », « Mon Dieu, faites que ça ne tombe pas sur le premier jour de mes menstruations », mais surtout « Mon Dieu, épargnez-moi d’un feu sauvage le jour de mes noces ».

***

Il fallait que ça arrive.
Hier matin, je me suis réveillée à 4h, avec un picotement sur la lèvre. Je n’étais pas dans mon lit, puisque j’avais décidé de dormir chez ma chum de fille, après une soirée bien arrosée. Un genre d’enterrement de vie de jeune fille, mais version relax, version j’ai 38 ans, deux enfants et ma vie de jeune fille est depuis longtemps enterrée. Bref, 4 heures, et je me rends compte que je n’ai pas ma crème médicamenteuse qui pourrait me donner une petite chance. J’ai envie de me lever et de partir chez moi tout de suite, mais ma voiture est derrière celle de mon amie… J’essaie sans succès de me rendormir, imaginant le message que je devrais envoyer à tous mes invités : « Par respect pour la mariée, qui vivra le jour le plus humiliant de sa vie, vous êtes priés de laisser vos caméras chez vous… »
Je suis finalement rentrée chez moi dans le milieu de l’avant-midi, dans un état d’affolement croissant. On est le 1er juillet, fête nationale du Canada, et je sais très bien que j’aurai du mal à trouver un docteur aujourd’hui. Le temps presse, il me faut le plus vite possible la petite  pilule magique qui pourrait réduire mes chances de me présenter à mon mariage dans une tenue de princesse avec une face de sorcière. Pour tout arranger, les amis de futur époux arrivent sur le coup de midi, l’emmenant pour 24 heures à Woodstock en Beauce. C’est son enterrement de vie de garçon, et me voilà avec mes filles sur les bras, après une nuit de deux heures de sommeil, en proie à une crise de panique que j’essaie de contrôler. Après avoir visité sans succès le CLSC de mon village, je téléphone à toutes les cliniques des alentours. Toutes sont fermées en ce jour férié.
Toutes, sauf une, dont le message enregistré n’est pas très clair. Je saute dans la voiture avec les enfants et m’y dirige sans plus tarder, mais sans trop y croire. Lorsque j’arrive sur les lieux, le stationnement est désert. Mauvais signe. Je pousse la porte. La réceptionniste m’accueille, souriante :  « Tout le monde pense qu’on est fermés, il n’y a qu’une personne avant vous! ».
La docteure est jeune, plus jeune que moi. Quand je lui expose mon problème, elle échappe un gros « Haaaaa! ». Sans plus tarder, elle me prescrit les petites pilules, deux fortes doses : une pour aujourd’hui et une pour le jour du mariage… On ne sait jamais!
Les petites pilules, elles ne garantissent rien. Je le sais, j’en ai déjà pris. Parfois la crise passe sans que le bouton sorte. Parfois, ça sort pareil, en moins pire. Vingt-quatre heures après les avoir prises, ça me picote encore, mais rien ne parait.

***

Ma croix de première communion pend sur ma corde à linge.
Météo Média annonce un soleil radieux dans la région le 9 juillet.
Pour le reste, on se croise les doigts.
Dans une semaine à cette heure-ci, nous serons mariés!!!!

1 commentaire:

Marie a dit...

Excellent texte ma soeur! J'ai ri aux éclats, merci
xxx